Devoir du Goût N°144

SUJET
J’avais évidemment repéré quelques toiles représentant des jeunes femmes vêtues de peau pâle, réchauffées de cheveux roux et au visage délicat rafraîchi par le bleu et le vert d’eaux océaniques.
Mais je me suis dit « Bon, les unes vont encore pester « encore des rousses ! Mais qu’il en drague une et nous fiche la paix ! » alors je laisse tomber… »
J’ai trouvé quelque chose qui, à défaut de convenir à toutes et tous, semble plus adapté à ce que je ressens parfois.
C’est un « devoir d’égoïste » en somme…
Si cette peinture vous donne quelque chose à raconter, je vous en prie.
Laissez aller votre imagination.
J’espère que nous nous lirons les uns les autres avec plaisir.
Alors à lundi…

Mes grands-pères habitaient tous les deux en Normandie.
Mon grand-père maternel à Saint Martin de Bec,
mon grand-père paternel à Rouen,
Deux communes de tailles très différentes dans la Seine Maritime.

Le premier, que nous appelions Grand père, était né en 1890 à Rolleville (Seine Maritime),
il était le troisième d'une fratrie de 10.
Il est devenu sourd vers 7 ans à la suite d'un incendie dans une grange,
et "parlait" difficilement.
Ma grand mère était, elle, sourde et muette de naissance,
ils communiquaient par signes.
Lorsque je suis née il était déjà à la retraite, mais il avait été cordonnier.


Le second, que nous appelions Gapère, était né en 1908 à Villefargeau (Yonne).
Il était le dernier d'une fratrie de cinq, si l'on ne compte pas deux enfants nés sans vie,
et un troisième mort à un mois et demi.
Lorsque je suis née, il était chef des ventes chez Citroën.

J'ai de supers souvenirs avec chacun d'entre eux.

Grand-père habitait à la campagne,
il passait beaucoup de temps dans son jardin.
Lorsque nous allions chez lui,
il nous emmenaient ma sœur et moi,
chercher le lait à la ferme voisine,
faire les courses dans le seul magasin du village.
Une ou deux fois il a eu l'occasion de nous emmener au manège,
il n'arrivait pas à nous en faire descendre,
mais jamais il ne nous a grondées,
il était d'une grande bonté.

Ma sœur et moi dans son jardin (1961)
Gapère travaillait, ma grand mère aussi,
nous passions souvent le mois de juillet chez eux,
ma sœur et moi
(mon frère et ma petite sœur restaient avec mes parents).
Nous étions gardés par leur femme de ménage, chez elle.
Le dimanche c'était la messe, puis le pique nique à Pourville,
puis la pêche au bigorneaux , puis le bain (2 heures après le repas),
et le soir nous mangions les bigorneaux.

Le petit jardin public de Pourville
Tous les soirs il comptait les tours de manivelle
pour moudre son café dans ce moulin


Gapère est mort en 1969 à 61 ans
(j'avais 11 ans),
des suites de la grippe qui sévissait cette année là.
Grand-père est mort en 1978 à 88 ans
(j'avais 20 ans),
juste avant d'être placé en maison de retraite,
il savait qu'il n'aurait plus de jardin...
Je n'ai assisté à aucun de leur enterrement,
mes parents ont choisi pour nous !

Ce sont deux hommes qui ont été attentionnés
avec leurs petits enfants, ils n'avaient pas une once de méchanceté,
ils nous ont aidés à avoir une image positive des hommes,
ce qui était loin d'être gagné !
Je les ai beaucoup aimés tous les deux.

Mes grands-parents chez nous en Sologne 1964