Je l'ai connue en 1984.
J'avais été embauchée à l’hôpital,
pour 2 mois pour aider à la mise en place de l'informatique
au service pharmacie.
Déjà son fort caractère m'avait interpellée !
J'avais dit à la directrice que jamais
je n'avais entendu une telle "mégère".
Ce à quoi la directrice m'avait répondu
que si je voulais être embauchée,
il ne fallait pas dire de telles choses.
Mais cela a toujours été plus fort que moi :
la franchise.
Et puis 1 an après on m'a rappelée,
pour me proposer un contrat d'un an,
qui ne s'est jamais arrêté,
j'ai été titularisée 4 ans plus tard.
Bien que travaillant ailleurs,
j'ai accepté.
Durant les premières années,
je ne travaillais pas dans le même service qu'elle,
je n'avais pas trop à subir son caractère !
Puis une opportunité s'est présentée
de travailler avec elle (aux services économiques),
et surtout de ne plus être au guichet,
où j'avais beaucoup de mal à supporter
le mépris de certains usagers envers "les fonctionnaires".
J'ai toujours eu du caractère,
et le sien ne me faisait pas peur.
Bon, le temps d'adaptation a été compliqué,
car j'aime bien comprendre ce que je dois faire,
et elle ne répondait pas à mes questions.
Petit à petit, nous avons trouvé nos marques.
En fait, je me suis laissée embobiner,
sans me rendre compte que c'étaient les prémices
d'un harcèlement moral.
Avant mon cancer (2005),
depuis quelques mois,
nous nous adressions à peine la parole !
Lorsqu'elle était en vacances, à son retour,
je me faisais systématiquement engueuler.
J'avais fini par assumer ses tâches le moins possible,
car je disais :
"tu fais ou tu ne fais pas, cela ne va jamais" !
Je l'ai souvent entendue dire :
"quand je ne serai plus là,
il en faudra 3 pour me remplacer".
Elle négociait avec les fournisseurs,
plus que les prix pour les fournitures de l'hôpital...
(je pense que vous comprenez ce que je veux dire)
Son mari qui travaillait en cuisine s'était d'ailleurs
fait virer, car il volait...
Il m'a été raconté,
que lorsqu'elle est partie à la retraite,
elle a emporté son écran d'ordinateur,
car a-t-elle dit :
"c'est moi qui l'ai négocié".
Pendant ma maladie,
elle a demandé à ce que je sois remplacée,
ce qui était légitime,
mais elle a fait muter quelqu'un d'un autre hôpital.
Ce qui fait que lorsque je suis revenue,
je n'avais plus de poste,
et que l'on ne savait pas,
ni où me mettre, ni quoi me faire faire !
Cela m'a poussée vers la sortie.
Entre temps le collègue qui "avait pris ma place"
venait se plaindre d'elle...
Je rigolais sous cape,
car souvent j'avais essayé de lui expliquer
quels étaient les agissements de ma chef,
qui est devenue la sienne.
Mais lui à cette époque,
en tant que collègue d'un autre hôpital,
la tutoyais, alors que je l'ai toujours vouvoyée.
Alors, il n'a jamais compris mes allusions,
jusqu'à ce qu'il travaille avec elle.
C'était sa façon de fonctionner,
il fallait qu'elle domine tout le monde.
En plus elle avait des appuis,
car elle était amie avec la sœur du directeur des hôpitaux de l'époque !
Durant ma dernière année à l'hôpital,
je ne lui ai jamais adressé la parole !
Je me suis sentie libérée.
Elle est morte hier soir,
à 70 ans,
en soins palliatifs,
dans ce même hôpital.
Et bien j'en suis quand même toute retournée !
